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Pas de transition écologique de l’économie sans sécurisation des parcours professionnels, ni dialogue social

Dans deux études, l’une publiée par le Commissariat Généra au Développement durable et l’autre par le Conseil d’Analyse Stratégique, la transition écologique de notre économie ne pourra se faire qu’avec une sécurisation croissante des parcours professionnels et un dialogue social approfondi. l’identification et la mise en exergue de ces deux catégories de compétences sont un enjeu majeur pour assurer la mutation de notre économie.

Pas de transition écologique de l’économie sans sécurisation des parcours professionnels, ni dialogue social

I. Le Commissariat Général au développement Durable  vient de mettre en ligne une étude qu’il avait demandé à deux cabinets indépendants SYNDEX et ALPHA sur l’impact conjugué du Grenelle de l’environnement et du système européen d’échange des droits d’émission des gaz à effet de serre, sur l’évolution des emplois et des compétences dans les secteurs de l’industrie et de l’énergie.

Pour ceux que les longs rapports passionnent voici ce rapport : http://www.developpement-durable.gouv.fr/Gestion-previsionnelle-des-emplois.html, où on trouve tous les chiffres nécessaires à une analyse par branche parfois fine (l’analyse comme la branche).

Pour les autres que seuls intéressent les conclusions, il faut savoir ceci :

A.les deux cabinets sont tombés d’accord pour dire qu’il existe quatre grandes dynamiques d’emploi selon les secteurs :

-          la menace sur l’emploi dans les industries confrontées à la contrainte carbone : ce secteur emploie environ 300.000 personnes avec des menaces sur environ 25.000 emplois

-          une croissance modérée de l’emploi dans le secteur énergétique : peu d’emplois concernés 67.500 peu de créations

-          la mutation des emplois dans les industries au cœur de la transition vers une économie « bas carbone » : il y a 1 millions d’emplois en jeu avec des faibles perspectives de croissance globale mais une faible visibilité actuelle sur sur la faisabilité des alternatives technologiques

-          la croissance de l’emploi dans les industries de biens d’équipement : un peu moins de 500.000 emplois concernés avec des créations qui pourraient monter à 110.000 emplois

Cette étude ne porte que sur l’industrie et l’énergie et n’analyse que les conséquences de décisions politiques déjà prises. Cela est quand même suffisant pour constater environ 10% de la population active du secteur marchand est concernée à un titre ou un autre par cette mutation qui va supposer plus que des ajustements à la marge des profils professionnels de ces travailleurs.

Les deux cabinets confirment les conclusions auxquelles étaient déjà arrivés le CGDD au début de l’année 2010 :

-          l’urgence d’une réorientation du modèle de croissance ne pourra pas se faire en laissant jouer les lois du marché

-          l’Etat doit assumer un rôle d’impulsion notamment en ce qui concerne l’es investissements de long terme.

C’est pourquoi il apparaît dramatiquement dérisoire que le gouvernement se félicite que 8 milliards du Grand Emprunt (les Programmes d’Investissement d’Avenir) sur 32 soient consacrés à ce qu’on appelle improprement « le verdissement » de l’économie. Pour bien faire et rester au niveau des économies qui ont un avenir (Chine, Corée Etats-Unis) c’est l’intégralité du PIA qu’il aurait fallu consacrer à cette mutation de l’appareil de production. Mais peut-être a-t-on finalement reculé devant l’ampleur des mutations qui allaient être demandées aux salariés.

Le CGDD en arrive en effet à la conclusion extrêmement dérangeante que la transition de notre économie ne se fera que si simultanément trois conditions sont remplies :

1.  La mise en œuvre d’une réelle politique industrielle et nous avons vu qu’on n’en rend pas le chemin

2.  La sécurisation des parcours professionnels

3.  L’articulation du dialogue social au niveau de l’entreprise, du secteur et du territoire

Or aucune de ces trois conditions n’est actuellement réalisée ni même prévue dans les mois à venir

II. Or, opportunément le Centre d’Analyse Stratégique vient de publier une note de synthèse intitulée « Compétences transversales, compétences transférables, des compétences qui facilitent les mobilités professionnelles » ( http://www.strategie.gouv.fr/article.php3?id_article=1405)

A travers une analyse assez technique de méthodes largement utilisées en Gestion Prévisionnelle des Emplois et des Compétences (GPEC), le CAS nous rappelle en fait deux choses que nous avions un peu oubliées :

- l’école a pour vocation initiale de faire acquérir des savoirs de base, les compétences transversales, et que la formation tout au long de la vie a pour vocation de les renforcer

- l’expérience professionnelle permet ensuite d’acquérir de nouvelles compétences, qui sont transférables en période de mutation  soit parce qu’une branche d’activité est l’héritière d’une autre qu’elle a détrônée à l’occasion d’un saut technologique, soit parce qu’il existe des gestes techniques ou des attitudes de travail communes .

Partant de ce constat le CAS souligne avec justesse que l’identification et la mise en exergue de ces deux catégories de compétences sont un enjeu majeur pour assurer la mutation de notre économie.

En effet, la sécurisation des parcours professionnels repose essentiellement sur deux points :

-          une réorientation professionnelle ne doit pas se traduire par une perte de compétence

-          les temps de latence entre deux périodes professionnelles ne doivent pas être des temps perdus mais au contraire des temps consacrés à renforcer et à valider des compétences transversales ou transférables déjà en partie acquises.

Les 6 propositions que le CAS en retire vont dans le bon sens mais font l’impasse sur deux points :

-          la sécurisation des parcours professionnels passe par une profonde refonte du régime d’assurance chômage et des systèmes de financement de l’effort de formation des salariés tout au long de la vie

-          l’identification des compétences transférables ne peut se faire qu’au sein des branches professionnelles et cela implique que les partenaires sociaux aient envie d’aller jusqu’au bout de la démarche en la matière

Ces deux points dépassent évidemment le champ de compétence du CAS qui n’est là que pour donner un éclairage technique sur un avenir possible. Par contre, apporter des réponses réglementaires et budgétaires sur ces points doit être un point de passage obligé de tout programme politique qui ambitionne de transformer profondément l’économie nationale pour  l’adapter au défis du XXI° siècle.

Dominique Guizien

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