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Île-de-France : Réunion EGEE du 5 mars 2011

Intervention de Jean-Pierre Worms, président de France initiative

Suivie de questions/réponses avec la salle


Partie I – Présentation de J.P. Worms

Qu’est-ce que France Initiative ?

* C’est un réseau de 245 associations locales avec une forte autonomie liée notamment à leur ancrage territorial. Le réseau suit un modèle décentralisé axé sur le développement de territoires en créant du lien entre les différentes forces entrepreneuriales de chaque territoire. Chaque plateforme territoriale permet aux nouveaux entrepreneurs de bénéficier des compétences du réseau et de sa connaissance des acteurs locaux. Il permet ainsi un ancrage dans le territoire à des entrepreneurs qui n’en sont pas forcément issus. Il permet à ces « entrepreneurs extérieurs » d’avoir une activité économique qui aurait autrement eu beaucoup de mal à survivre aux premières années sans cette insertion directe dans le tissus économique local.

Le fonctionnement du réseau repose sur 2 éléments fédérateurs élaborés en son sein :

  • Méthodologie : on ne fait pas n’importe quoi n’importe comment. L’échange de bonnes pratiques accumulées dans le réseau a conduit à la production de normes de métiers approuvées par l’AFNOR  normes techniques, vérifiées pour chaque plateforme par la tête de réseau.
  • Charte éthique définissant les principes fondamentaux suivants : respect du créateur, de l’environnement, exigences de développement local et valeurs de solidarité

* Résultats de France Initiative sur l’année 2010 :

  • 17 000 nouvelles créations ou reprises d’entreprise
  • 167 millions d’euros en prêt d’honneur (à taux zéro) aux créateurs
  • 1,2 Milliards euros investis dans l’économie via l’accès aux prêts bancaires classiques des entrepreneurs auxquels les prêts d’honneurs ont été accordés (effet de levier d’un facteur 7).

37 134 emplois créés avec une durée de viabilité au bout de 3 ans de 85% (de 80% sur 5 ans). Ceci fait de France initiative le premier créateur d’emplois dans ce domaine en France.

Malgré des prêts délivrés sans garanties et sans intérêt, le taux de remboursement des prêts de 98%.

France initiative n’a pas pour vocation à se substituer au système de prêts bancaires. Il ne s’agit pas de créer une banque des pauvres, mais au contraire l’objectif est d’amener les banques à faire leur métier, i.e. de financer l’activité économique réelle. Ceci se mesure par l’effet de levier induit par l’octroi des prêts d’honneur. Pour chaque euro prêté par France Initiative, les banques ont prêté 7 euros en moyenne sous forme de prêts classiques.

* Un peu d’histoire…

Après la crise de 1973, il y avait des problèmes de reconversion des entreprises françaises et l’apparition d’un chômage de masse. A cette époque a été mis en place l’IDI (institut de développement industriel) pour analyser et aider les entreprises en faillite à se redévelopper. J.P. Worms et un banquier ami ont analysés les freins à la création d’emplois :

  • la création d’entreprises est culturellement freinée : les grands corps de l’Etat ne suffisent plus, il faut encadrer et aider les initiatives privées. La fermeture sociale du milieu entrepreneuriale est un obstacle à l’apparition et à la diversification des TPE, PME, PMI. En France, il y a eu une tradition étatique à la création des activités économiques qui se traduit par l’existence de grands groupes mais par l’absence d’un fort tissus de petites et, surtout, moyennes entreprises (cf. différence avec l’Allemagne qui a des PME de 500 salariés actives sur le marché international)
  • système bancaire non adapté au soutien de la création d’entreprises car les frais sont importants pour les banques vu les sommes concernés des prêts et le peu de garantie des créateurs le plus souvent.

Solutions donc pour élargir le vivier de la création d’entreprises :

  • Pour régler le problème des garanties financières : donner au nouvel entrant la possibilité d’avoir un apport personnel conséquent : prêt à taux zéro sans garantie personnelle
  • Pour régler le problème de l’éloignement par rapport au milieu d’entreprises (ou le caractère endogène du milieu patronal) : mise en place d’un suivi de la mise en place de l’activité économique pendant la durée de remboursement du prêt initial et parrainage par un parrain issu du tissus économique local ( accompagnement de proximité)

* L’introduction de ces outils fait que les banques aident plus facilement les créateurs en partageant le risque avec le réseau (elles financent à hauteur de 7 unités pour 1 unité dépensée par le réseau)

Fonctionnement d’une plate forme locale : une association est créée à l’initiative d’un élu, d’un agent économique, d’une institution en réunissant les compétences variées existant localement. Il est indispensable que plusieurs collèges (différents secteurs : finance, communication, droit…) existent au sein de l’association pour que soit construit une réelle plate forme ancrée régionalement. L’une des règles de bonne conduite est la mise à distance des élus des comités d’agréments des prêts d’honneur pour éviter toute approche électoraliste. Le comité d’agréments décide d’accorder ou non une aider à un projet, et le montant de l’aide attribuée en toute indépendance.

Les résultats sont plutôt bons même si, parfois, il faut remettre les gens sur le bon chemin. C’est le travail quotidien de la tête de réseau de garantir le respect de la charte et des procédures méthodologiques d’accompagnement des projets.

Gros avantage de ce réseau : il sait tirer profit du dynamisme local et créer une dynamique de développement aussi dans la région. Il faut noter que cette dynamique se fait dans les 2 sens : de la même façon que le fait d’avoir un parrainage permet de profiter d’aide extérieure, parrainer signifie développer un dynamisme personnel important qui, en sortant un peu la tête du guidon dans des moments difficiles, permet de mieux développer sa propre activité économique.

Ceci montre l’importance du lien social apporté par les parrains aux parrainés, l’importance de leur insertion rapide dans le tissu économique régional mais aussi l’importance du développement de relations de confiance entre les membres du secteur économique local. C’est très important dans les périodes difficiles de savoir que l’on peut compter sur son voisin plutôt que de s’en méfier, cela induit un dynamisme extraordinaire sur le bassin d’emplois.

L’idée est donc de créer de la confiance pour développer les entreprises et la création d‘emplois : mobilisation de valeurs sociales, de capital, d’innovation, du plaisir d’être ensemble et de la concertation. Le tout agit comme moteur pour le développement économique. Ceci permet de prôner une relation dialectique et réciproque entre l’économie et le sociétal : le monde associatif et politique a à apprendre de la culture d’entreprises, de leur rôle pour l’évolution de la société tout comme les mondes associatif et politique doivent apprendre à accompagner les entreprises pour que l’argent ne soit pas le cœur de leurs démarches.

Partie II : Débat avec la salle

Questions / Réponses

  1. Quels sont les secteurs d’activités financés ?

Il n’y a pas de secteur exclu de la démarche même si l’aide au démarrage de société technologique coûte souvent beaucoup plus cher que les activités de service. Au final France initiative aide un nombre non négligeable de création d’entreprise en lien avec les hautes/nouvelles technologies.

Exemples : développement d’entreprises tournées vers le solaire (entreprise réalisant des mesures d’éclairement sur site pour avoir le rendement attendu de la mise en en place de panneaux solaires), récit d’un concours Rhône-Alpes de sélection de projets issus de banlieues difficiles : 2 projets de salon de coiffures exposées par 2 africaines, 1 projet de sandwicherie portée par une femme d’origine maghrébine. Un point commun à ces projets (alors qu’elles ne se connaissaient pas) : l’idée que le développement de leur activité ne reposait pas seulement pas sur cœur de leur métier mais s’étendait aussi au champ des relations sociétales : le besoin de communication, de dialogue interculturel entre les femmes de différentes origines, le besoin pour les femmes de ces quartiers d’accéder à un lieu de repos. La rentabilité économique de leur entreprise était alors décrite à partir des fonctions sociales remplies par le projet .

  1. Quelle est l’origine des ressources financières de France Initiative ?

Pour 2/3, elles sont d’origine publique (collectivités territoriales le plus souvent mais aussi banques publiques et ministères). Il faut dire que le retour sur investissement se fait à environ 5 ans (rentrées fiscales) et assure donc une forte rentabilité à ces investissements publics. Le dernier 1/3 correspond à des fonds privés perçus sous forme de dons. France initiative ne dispose que de très peu de ressources propres.

  1. montant maximal du prêt d’honneur : 8 000 euros en moyenne, jusqu’à 25 000 euros pour les hautes technologies, mais travail actuel pour le développement de prêts plus conséquents pour la croissance des entreprises créées.

  1. place des organisations syndicales dans entreprises créées : promotion de l’idée qu’un salarié est un coopérant. Pas toujours de relations structurées de type salariat/patronat, on est plus dans le modèle du petit artisanat. Insister sur l’égalité des apports de chacun à l’œuvre collective.

  1. forme juridique des entreprises  : Le réseau encourage la mise en place de SCOP aidée (prêt d’honneur à chaque sociétaire) mais soutient également des entreprises de statut actionnarial plus classique.

  1. En France, c’est complexe de créer une entreprise. Comment on fait pour simplifier tout cela ?

Pas de proposition de réforme pour changer la bureaucratie de notre système. Il y a eu déjà moult réformes pour aider la création d’entreprises mais c’est les mentalistes qu’il faut changer. Il faut se concentrer sur le fond, le sens des actions que l’on mène pour éviter la sacralisation de la forme et des procédures. Faire bouger les choses par le terrain et pas par la loi et le règlement.

Rôle de l’éducation, donner l’envie d’entreprendre, pour développer l’idée de coopératives ou autre montrant qu’il existe une alternative à l’horizon indépassable du salariat. L’essentiel du blocage culturel se trouve dans l’apprentissage aux enfants  du respect des normes, sans réflexion, alors que l’on devrait prôner dès l’enfance le développement des initiatives individuelles, des projets.

  1. Que vous a appris la crise de 2008 ?

Une période de crise démontre les forces et faiblesses d’un système. On est en période de restrictions des ressources publiques, il s’agit donc de mobiliser de plus en plus de ressources privées car les 2/3 de ressources publiques ne resteront pas. France initiative est en train de formaliser un système dans lequel l’épargne salariale permettrait le financement d’un fond destiné à l’attribution de prêt d’honneurs.

  1. Quel est l’âge des personnes aidées (cf chômage des jeunes) ?

Pas de données précises, mais majoritairement après une première expérience professionnelle et aux alentours de 30-35 ans.

  1. jusqu’à quel point peut se développer, être transposé ce type de structures et de fonctionnement : quelles limites pour la création d’emplois et le vivier économique ?

France initiative n’a pas de perspective de développement illimité. Le réseau ne veut pas être l’outil des politiques publiques de développement économique et de création d’emplois car cela diminuerait son indépendance d’action et financière. La logique qui prévaut est celle d’un développement territorial fort.

Par ailleurs, toutes les créations d’entreprises n’ont pas besoin d’être accompagnées. France Initiatives estime à 10-15% des entreprises créées chaque année celles devant être aidées. Néanmoins, il existe des marges de progrès considérable portée par les plateformes (plan stratégique de croissance de 10% de résultats annuels pour 2011). Le taux d’entreprises aidées est de 3% à l’heure actuelle [note du rédacteur : ce qui laisse espérer pouvoir créer environ 100 000 emplois supplémentaires par an].

  1. Quel est le coût d’un emploi créé ? Chaque emploi coûte 1200 Euros tout compris, c’est bien moins que les emplois aidés et bien moins que le coût social du chômage. Nous avons donc tout intérêt à explorer la généralisation la plus massive de ces pratiques.

  1. problème d’insertion des jeunes chercheurs notamment scientifiques dans les PME TPE car ils sont directement pris dans les gros groupes : comment on fait ?

Problème de la formation des jeunes aux PME, monde du coup ignoré du système scolaire. Il mettre en place des processus d’accompagnement des jeunes pendant leur parcours scolaire. Pour qu’il découvre le monde des TPE, PME, PMI.

  1. Quel pourcentage de parrainés qui deviennent parrains ensuite ?

Il n’y a pas de statistiques précises de ce phénomène mais il y a un certain nombre de créateurs aidés qui s’engagent dans le réseau en tant que parrain par la suite.

  1. Revenu citoyen : J.P. Worms est a priori favorable à sa mise en place mais s’inquiète de la façon dont les pouvoirs publics pourraient se saisir de la question

  1. Quels débouchés législatifs pour EELV en provenance de l’expérience de France Initiative ?

Il y a eu de multiples réformes de soutien aux entreprises ( ex : défiscalisation du 1er ou 2ème emploi, mais effet quantitatif immédiat ne perdure pas sur le long terme : aides dégressives dont il faut se méfier car elles s’arrêtent trop brutalement menaçant les emplois et les jeunes entreprises crées).

La réforme à faire est une évolution des consciences et implique un changement profond au niveau de l’Education Nationale pour promouvoir le lien entre éducation et monde entrepreneurial.

Les pratiques quotidiennes et les projets joueront un rôle plus important que la loi.

  1. Monnaies libres dans cette perspective ?

C’est un débat complexe qui nécessite un débat à lui tout seul qu’il serait intéressant d’avoir dans le contexte des EGEE.

  1. Quels sont les salaires perçus par les créateurs ?

Comme dans toutes les expériences de création d’entreprise, les créateurs se paient de manière minimale les premières années.

  1. Comment contacter le réseau s’il on veut créer une entreprise ?

Pour contacter le réseau de France Initiative, ce n’est pas compliqué : il faut prendre contact avec les plate formes régionales. Mais à paris cela ne fonctionne pas bien car il plus difficile de créer de la solidarité aussi facilement que dans des tissus urbains de moindre importance. Un bon point de départ est constitué par le site internet de France Initiative.

> en savoir plus sur France Initiative (pdf)

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