En cette période de crise et d’augmentation du chômage, il est plus qu’urgent de réfléchir aux « emplois de demain ». Arnaud du Crest, sympathisant actif des états généraux, nous livre son analyse pour qu’il y ait prospérité sans croissance, pour créer des emplois durables sans qu’il y ait augmentation du PIB. Pour accompagner une mutation souhaitable des fondements du système économique, l’adaptation de la formation professionnelle est nécessaire.
Développer l’emploi en phase de croissance faible du PIB,
et améliorer les qualifications
Arnaud du Crest
Alors que l’évolution de la croissance est incertaine, que le chômage augmente, comment préparer les « emplois de demain », quelles formations proposer aux jeunes et aux adultes chercheurs d’emploi ? L’opinion dominante est que la croissance du PIB est nécessaire au maintien voire au développement de l’emploi. Mais le PIB est aujourd’hui officiellement remis en cause, et sa relation à l’emploi dépend autant de l’équilibre entre les dimensions quantitative et qualitative de l’activité que de la seule augmentation du produit brut.
Améliorer la qualité des services ou des produits et la durabilité des processus de production peut se traduire par une augmentation du volume et de la qualification des emplois sans augmentation du PIB.
Ceci suppose une gestion maîtrisée et collective des mutations sociales rendues nécessaires par la mutation des marchés, privilégiant l’usage (durable) à la valeur monétaire, qui engage à son tour une mutation des métiers et des emplois.
Quatre mutations des marchés
La mutation des marchés pourrait être fortement orientée dans les années qui viennent par le développement de l’économie de proximité (limiter les transports), l’économie de fonctionnalité (vendre un service plutôt qu’un produit), l’augmentation de la qualité au sens de la durée de vie des produits (ce qui limite les émissions de gaz à effet de serre) et enfin l’écologie industrielle ou économie circulaire (utilisation maximale de la matière première, les déchets d’une entreprise servant de matière première à une entreprise voisine, etc.).
En agriculture le développement du maraîchage et de l’élevage à proximité des villes, la diminution de l’utilisation des produits phytosanitaires, l’augmentation de la part des produits d’agriculture biologique, tendent à augmenter la part de travail humain pour un même chiffre d’affaires (et une réduction des intrants, donc des coûts externes).
En restauration familiale ou collective, passer de l’utilisation de plats préparés à la cuisine à partir de produits frais, c’est substituer de la main d’œuvre à l’achat de produits. C’est un transfert de main d’œuvre industrielle et de coûts d’amortissement machine (agroalimentaire) vers une main d’œuvre artisanale (restauration) ou familiale.
Dans l’ameublement, donner la priorité à des meubles à longue durée de vie au lieu de meubles préfabriqués à durée de vie courte, c’est privilégier la production de type artisanal donc la main d’œuvre.
Nous avons oublié que les objets pouvaient être réparés, réutilisés. Une pratique encore très usité par nos grands-parents, et très pratiquée aujourd’hui sur les produits technologiques par les Africains par exemple, qui ne jettent pas mais réparent les téléphones portables. Une façon de donner plus de valeur au travail vivant, à l’homme, qu’au travail mort, à l’objet.
Toutes ces mutations entraîneraient, (entraîneront ?), des changements dans l’affectation des budgets des ménages. Une part peut-être plus importante de l’alimentation (qui est passée de 31% des dépenses familiales en 1960 à moins de 15 % aujourd’hui), une part plus importante pour les services et moins pour les machines ? Ceci peut générer aussi des économies plus globales sur la santé, la sécurité sociale, les transports, les ressources naturelles….
La mutation des formations métiers
- Passer de la production à la réparation (qui inclue l’éco-conception et le recyclage) suppose des compétences plus diversifiées et transversales, plus d’autonomie (mécanique, plasturgie, mobilier, automobile, BTP).
- Passer d’une production de biens et parfois de services à forte intensité énergie et matière première / faible intensité humaine à une production à faible intensité en énergie et matière première / forte intensité humaine, nécessite de renforcer largement les compétences en ressources humaines pour gérer les équipes de travail qui seront plus nombreuses dans les champs (maraîchage), les cuisines, les ateliers. Gérer des hommes est plus complexe que gérer des machines.
- Passer de la vente à la location suppose des compétences commerciales différentes (vendre un service et non un produit), en entretien et maintenance (faire durer les produits plutôt que de les remplacer). Les secteurs concernés seront en priorité la mécanique, la plasturgie, l’ameublement, l’automobile et le bâtiment.
- Passer de l’exploitation partielle de la matière avec production de déchets à l’exploitation totale de la matière sans déchets suppose une maîtrise approfondie des phénomènes physiques et chimiques des process matière (écologie industrielle) : agroalimentaire, industrie des métaux…
- Passer des transports lointains aux livraisons de proximité nécessite de développer les compétences relationnelles.
En résumé, les compétences à développer sont les ressources humaines pour l’encadrement d’équipes de production, la vente de services, l’entretien maintenance, les process physico-chimiques des flux matières, les compétences relationnelles de façon générale, l’autonomie.
Une augmentation du niveau de qualifications
La réparation/maintenance exige des compétences plus complexes que la production. Un poste de fabrication dans l’automobile par exemple mobilise souvent des compétences de niveau CAP/BEP, le métier de réparation un BTS. Dans le bâtiment la rénovation exige un niveau de compétence également élevé, par exemple pour le diagnostic et l’isolation thermique. Jusqu’aux ingénieurs sont les écoles multiplient actuellement les formations mixtes technique/management pour les préparer à gérer toute cette complexité. Si l’on généralise ce modèle y aurait donc une élévation du niveau global de qualifications.
Le défi serait de nature analogue à celui que nous avons connu à la fin de la Seconde Guerre Mondiale, quand il a fallu reconstruire et que l’on manquait de compétences.
Arnaud du Crest





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Tout à fait d’accord avec ce que Arnaud Du Crest a écrit.
Toutefois, nous devons aussi répondre à la question de la solvabilité de la demande.
Plus de main d’oeuvre, plus qualifiée, c’est un coût horaire et un coût du produit qui augmentent.
Comment accepter de payer davantage un repas au restaurant qui fera davantage de produits frais?
Comment concurrencer un produit avec un coût de réparation élevé?
Le bio est cher parce qu’il est plus intense en main d’oeuvre et moins productif.
Comment faire pour que tout le monde puisse avoir accès à ces biens de qualité.
Il faut qu’on ait des réponses autres que la consomm’action, souvent réservée aux personnes aisées.
Répartir les richesses.
Oui, d’accord avec les remarques de Philippe Berrard.
Quelques soient les mesures en faveur de l’emploi retenues dans le cadre de ces Etats Généraux, il faut qu’elles soient avant tout crédibles aux yeux du grand public.
Sur le plan financier par exemple, des études sur leur fiscalité et leut impact macro-économique devraient être publiées et médiatisées, afin que toutes ces propositions ne restent pas synonymes d’utopie ou d’augmentations d’impôts…
occupons nous en priorité de l’emploi public services et entreprises, il y a un gisement de 1 million d’emplois sur 5 ans en remettant à plat la RGPP et LOLF