Par Karima Delli. Publié sur le blog Libération « Échos d’euro-écolos » .
Depuis quelques années, la réduction du temps de travail est devenue un sujet tabou dans le débat politique et a laissé la place à l’idée que les salariés étaient responsables de la récession économique et qu’ils devraient travailler plus, non pas pour gagner plus, mais simplement pour maintenir leur niveau de vie.
Alors que la crise économique a coûté des milliards aux États européens pour éponger les errements du monde de la finance, ce sont les plus faibles qui continuent d’en payer les conséquences sociales, tandis que partout les gouvernements appliquent des plans de rigueur plus ou moins assumés. Pourtant, tout espoir n’est pas perdu: rappelons qu’il y a quelques semaines, le Parlement européen a remporté une victoire symbolique sur la question du temps de travail des chauffeurs routiers.
C’est donc avec une certaine audace que la question de la réduction du travail a été remise au premier plan par le Groupe des Verts/ALE au Parlement européen, à l’initiative du suédois Carl Schlyter, qui a organisé ce mardi 31 août un colloque sur ce thème.
En effet, l’Union européenne compte aujourd’hui plus de 23 millions de chômeurs (source Eurostat). En Espagne, plus de 39% des moins de 25 ans sont sans emploi tout comme 20% des jeunes Suédois et 25% des jeunes Français. Derniers arrivés sur le marché de l’emploi, les jeunes sont généralement les moins bien lotis!
Cette situation n’est pourtant pas inéluctable, mais suppose au contraire un véritable renversement des mentalités. Il faut sortir de l’idéologie du «travailler plus pour gagner plus» et admettre que l’on peut travailler moins, tout en travaillant mieux et surtout en travaillant tous.
Lors de ce colloque, deux grandes tendances ont été soulignées:
- le nombre d’heures travaillées n’a cessé de diminuer grâce notamment à l’explosion de la productivité horaire en Europe,
- le nombre d’actifs a augmenté significativement au cours des 50 dernières années avec l’arrivée massive des femmes sur le marché du travail.Ainsi, avec moins de travail et plus de travailleurs, le refus d’organiser collectivement la Réduction du Temps de Travail est une des causes premières du chômage de masse et de la précarisation de l’emploi (temps partiel subi, intérims, stages, accumulation des CDD et des emplois aidés…).
Alors que la directive-cadre européenne sur le temps de travail fixe la limite à 48h de travail hebdomadaire et même 65h au Royaume-Uni grâce à une clause d’opt-out, la France a longtemps été considérée comme une référence avec ses lois sur les 35h. Mais avec la dérégulation des heures supplémentaires par la droite au pouvoir, le temps effectivement travaillé est aujourd’hui supérieur à 39h par semaine en moyenne. Aujourd’hui pourtant, de nombreux syndicats sont favorables à une réduction collective du temps de travail. Ainsi, la Confédération européenne des syndicats propose-t-elle de «limiter les horaires de travail tout en offrant aux travailleurs comme aux employeurs plus de souplesse». De même, le syndicat belge FGTB propose même de généraliser la semaine de quatre jours: «Le travail manque, il s’agit donc de le partager», dit sa secrétaire générale Anne Demelenne.
Non seulement la réduction du temps de travail sera bénéfique pour lutter contre le chômage —est-il encore nécessaire de rappeler que les lois sur les 35h ont permis de créer près de 350 000 emplois?—, mais elle constitue surtout un changement de société vers un mode de vie plus écologique fondé sur le vivre-ensemble. Quelle politique de droite a créé 350 000 vrais emplois en CDI? Sans doute aurait-on pu s’y prendre autrement (plus de dialogue) et aller plus loin (les écologistes ont toujours défendu la semaine de 4 jours), mais nul ne peut contester que la réduction du temps de travail, bien négociée, est fortement créatrice d’emplois.
En sortant de la logique du travailler plus et de la compétitivité à tout prix, les entreprises gagneraient à renouer le dialogue interne afin d’améliorer l’organisation du travail et éviter des drames comme on en a connus chez Orange ou Renault, et surtout offrir plus de flexibilité aux entreprises en échange d’une meilleure qualité de vie et d’une véritable prise de conscience de la dégradation des conditions de travail (troubles musculo-squelettiques, stress, cancers professionnels, inégalités d’espérance de vie). Il ne faut pas oublier que le travail ce n’est pas seulement l’emploi et qu’en réduisant le temps de travail on permet de développer des activités d’utilité sociale (temps passé en famille, activités de volontariat, de loisirs ou culturelles, formation professionnelle).
Il est donc temps de rouvrir le débat sur la réduction de temps de travail, qui ne pourra s’imposer à nouveau comme une solution à la crise sociale que s’il ne reproduit pas les erreurs du passé (lois sur les 35h) et que s’il est le fruit d’une vraie intelligence collective. Cela suppose un vrai renversement des valeurs face au dogme du «travailler plus» imposé par Sarkozy à l’instar de la droite européenne.




AH !
Enfin…
Oui, c’est à mon avis LE sujet dont doit s’emparer EE en matière de lutte contre le chômage.
Et avec la collaboration du spécialiste incontournable de la RTT, Pierre Larrouturou, EE devrait pouvoir se constituer un argumentaire sur le sujet totalement imparable…
Créer des emplois par le partage du travail
- Travailler moins pour travailler tous –
Face à la crise économique et sociale nos dirigeants tentent d’organiser « la relance » de la croissance, dont ils espèrent des retombées positives sur l’emploi et le pouvoir d’achat. S’ils y arrivent, on va donc recommencer, comme avant, à piller la planète pour consommer toujours plus et plus vite, mais sans créer d’emplois en nombre suffisant. Jusqu’à la prochaine crise, peut-être irréversible. Il est vital et urgent d’imaginer une alternative. Pourquoi pas le partage du travail, qui permettrait de créer des emplois tout en maîtrisant notre croissance?
Aujourd’hui, tout gain de productivité qui ne débouche pas sur une augmentation de la production est traduit par des suppressions d’emplois. Or la productivité augmente tellement vite (automatisation de la production, informatisation des services) que la demande ne suit pas, ce qui crée du chômage. Pour forcer la demande, une quantité délirante de publicité nous incite à consommer toujours plus de produits et de services, même inutiles et jetables. Ce n’est plus supportable écologiquement. Et, de toute façon, depuis des décennies que l’on nous chante la chanson de la croissance pour lutter contre le chômage, force est de constater que c’est inefficace.
Depuis la tentative de partage du travail par la loi des 35 heures, les libéraux, affolés, mènent une violente campagne de dénigrement contre cette idée. Ils ont réussi à l’exclure du débat public. Qu’on l’estime efficace ou non, cette loi n’a été qu’une première tentative du genre, et nous n’avons pas le droit de renoncer à approfondir cette approche.
Partager le travail, c’est pour créer des emplois. L’objectif n’est pas de travailler moins, mais de travailler tous. Les libéraux disent que « le travail n’est pas un gâteau qui se partage ». Pourtant quand on met une usine en chômage partiel, n’est-ce pas ce que l’on fait? Et les emplois à temps partiel et les licenciements ne sont-ils pas une forme de partage (inégal) du travail? Une part de gâteau pour ceux qui ont un emploi, et des miettes (des aides sociales) pour les autres.
Pour éviter l’épuisement des ressources de la planète, il faut trouver une alternative à la croissance aveugle des PIB, et limiter la croissance à celle des produits et des services utiles. Les investissements dans le développement durable vont créer de nouveaux emplois très utiles, mais en nombre insuffisant pour compenser l’abandon de la surproduction de produits inutiles et du gavage publicitaire des consommateurs. Et on n’imagine pas les pays riches créer des emplois chez eux pour fabriquer à bas coût des produits de première nécessité pour les pays pauvres. Nous devons donc nous organiser pour produire, consommer et gaspiller moins, et donc pour faire globalement moins d’heures de travail.
On a le choix entre supprimer des postes ou réduire le temps de travail de chaque poste. Les entreprises préfèrent habituellement supprimer des postes car c’est le moins coûteux et cela maintien une pression sur les salariés. Mais socialement, ce n’est pas nécessairement moins coûteux, car la société doit prendre en charge les chômeurs et les conséquences du chômage. La réduction du temps de travail est hérétique pour les libéraux, car elle heurte leur idéologie de croissance et de concurrence. Quelle catastrophe pour l’idéologie libérale, si on arrive à construire un système économique et social équitable sans croissance du PIB!
Partager le travail, ça veut dire aussi partager les salaires. Certes, c’est douloureux (mais licencier des salariés, ce n’est pas indolore et pourtant on le fait …). Et ce le sera peut-être moins qu’il n’y paraît. En effet, il y aura moins de cotisations sociales pour indemniser, soigner, et aider les chômeurs, moins de coûts liés à la délinquance (police, assurances, réparations …), moins de services d’aides à l’emploi, moins d’œuvres caritatives à financer. De plus l’automatisation et l’informatisation continueront à faire baisser le prix des produits et services en même temps que le temps de travail. Enfin, avec plus de temps libre, chacun pourra réduire ses dépenses (bricolage, jardinage, réparation, consommation réfléchie …). Tout ceci ferait quand même pas mal d’économies, non?
Pour des raisons de justice et de stabilité sociales, on ne devra pas diminuer les plus petits revenus. Il faudra donc faire jouer la solidarité des hauts revenus. A l’époque où l’on cherchait à construire la société sur la solidarité et non sur la concurrence, on avait inventé l’impôt sur le revenu et les services publics gratuits ou peu chers… Malheureusement, ils sont aujourd’hui bien mis à mal. Remettons les à la mode, car ce sont des outils très puissants.
Nous réussirons à transformer le « travailler moins et gagner moins » en « vivre mieux ». Dans l’entreprise, la sécurité de l’emploi sera meilleure, la fatigue sera moindre, la pression patronale sera réduite et l’atmosphère de travail sera améliorée. Chez soi, le temps libéré permettra de mieux s’occuper de son foyer, de ses enfants, de ses « vieux », et de soi. Dans la rue et dans le quartier, nous aurons plus de temps pour développer le lien social, la vie associative, la vie des quartiers (et donc leur sécurité). Toutes choses qui devraient nous consoler de gagner moins d’argent.
Et dans les moments où nous aurions l’impression d’y avoir perdu, nous pourrons toujours nous dire que c’est notre part d’effort dans la lutte contre l’épuisement de la planète et pour la solidarité entre citoyens. Nous perdrons sûrement beaucoup plus, bientôt, si nous n’avons pas le courage de nous y atteler maintenant.
Davantage de postes de travail et moins d’heures de travail par poste, ça aura un coût pour les entreprises. Mais la masse salariale restera la même, car les salaires et leurs charges seront réduits en proportion. Seuls les frais fixes liés aux postes de travail vont augmenter. Dans certains cas, ils pourront être compensés par une certaine souplesse d’organisation des horaires. De plus, on peut s’attendre à une meilleure productivité des salariés, comme semble l’avoir montré le passage aux 35 heures. On peut demander aux entreprises les plus solides de supporter seules ces surcoûts. Ce sera leur contribution à la sortie de la crise économique, sociale et écologique, crise dont elles sont largement responsables. A défaut, l’Etat devra aider les entreprises dont l’activité est écologiquement acceptable à augmenter le niveau des bas salaires et à financer les postes de travail supplémentaires. « Houlà, ça va coûter cher!? »… Sûrement pas plus que le chômage, l’énorme crise sociale en gestation et la catastrophe écologique en cours.
Bien sûr, il faut que l’Etat s’autorise à intervenir dans les entreprises. Bien sûr, il faut renoncer à laisser le marché et la concurrence décider seuls de la production et des salaires. Bien sûr, il faut accepter une certaine décroissance de notre consommation (mais de toute façon, on va la subir si on continue comme avant, et là on ne choisira pas). Bien sûr, « nous ne sommes pas seuls au monde », « il y a la concurrence », « l’Europe ne voudra pas », « les capitaux vont partir à l’étranger » … OK! Le partage du travail ne sera pas en place et généralisé dès Lundi prochain. Mais nous devons dès maintenant le vouloir, l’étudier, en discuter, l’expliquer, en faire la promotion, et l’appliquer chaque fois que c’est possible et à tous les niveaux. Il y a urgence, et la crise actuelle peut et doit être une opportunité pour des changements profonds, dont celui-ci.
Vouloir partager le travail, ce n’est pas le dénigrer, mais au contraire c’est le glorifier en disant qu’il est une valeur indispensable dont on ne peut priver personne. Ne croyons plus ceux qui nous disent qu’il faut « réhabiliter le travail », … tout en licenciant à tour de bras.
NON à « travailler plus pour gagner plus et détruire plus »
OUI à « travailler moins pour travailler tous et mieux vivre ensemble »
@ Laborde Bertrand
Entièrement d’accord avec votre analyse.
Quelques remarques au passage.
Juste avant la loi (mal ficelée si j’ose dire) des 35h, une expérimentation de la semaine de 4 jours a été menée sur 400 pmes (encore en cours aujourd’hui pour la plupart – Mamie Nova, Fleury Michon, labos de recherche, petites SSII informatique, commerces, auto-écoles…)
Aucune baisse de salaire n’a été appliquée sous 1500 nets/mois (équivalent actuel), et 3% max au-delà (certaines entreprises n’ont baissé aucun salaire mais on compensé par des gains de productivité).
Pour l’entreprise, le coût est effectivement nul ou presque car la masse salariale n’augmente pas, grâce à des exonérations de charges compensant le cout des 10% d’embauches supplémentaires (exonération UNEDIC)
Outre les écologistes qui avaient soutenu la s4j à l’époque, ci-dessous quelques personnalités politico-économiques à avoir, en leur temps, émis un avis favorable sur ce concept :
- Brice Hortefeux (lors d’une conférence patronale sur le sujet animée par Pierre Larrouturou)
- Michel Barnier dans son livre « Vers une Mer Inconnue »
- Gilles de Robien (à l’origine de la loi expérimentale, coaché par Pierre Larrouturou)
- Jacques Chirac (lors de sa visite de Brioches Pasquier (Pitch), qui passait à 4j)
- Claude Bébéar, AXA
- Antoine Riboud, B.S.N.Danone
- Kleber Beauvillain, Hewlett Packard
- Christian Boiron, laboratoires Boiron
- Jean Peyrelevade, Crédit Lyonnais
- Patrick Artus, Caisse des Dépôts
- Jean Boissonnat, Économiste
- Alain Duhamel, Journaliste
- Alain Juppé
- Philippe Douste-Blazy
- Philippe Seguin
…
Vous remarquerez que ces personnalités ne sont pas spécialement de gauche, comme quoi…
Enfin, ci dessous le témoignage récent d’un chef d’entreprise ayant franchi le pas des 4j juste avant la loi des 35h :
Entreprise de services de comptabilité – 200 salariés:
« Les 33 Heures en 4 jours je les ai mises en place. 10 % d’embauche.
Certains (nes) ont pris le lundi, d’autres le mercredi (pour les enfants) d’autres le vendredi. Les réunions du personnel (information, formation) se faisaient le Mardi ou le Jeudi. L’encadrement parfois, si nécessaire, se réunissait un autre jour.
Certaines qui étaient en temps partiel ont sauté sur l’occasion pour prendre un temps plein avec le mercredi a la maison avec les enfants .
Quelques rares (hommes) ont ralé car ils disaient s’ennuyer à la maison ……… Sans doute avaient ils du mal a supporter leur femme ……..(là je suis moqueur, mais c’étaient les gens les plus » fermés « , pas les plus dynamiques).
Les salaires ont été bloqués 2 ans, mais avec les économies de frais de transport et de frais de garde des enfants la plupart des salariés s’y retrouvaient.
Moins d’arrêts maladie (bon pour la sécu). Et même moins de frais de téléphone : 1/5 en moins ……….
Plus de productivité qui nous a fait gagner des parts de marché et améliorer les résultats et les salaires (2/3 des salariés syndiqués, cela motive un patron pour discuter).
Les discussions étaient parfois dures, mais franches et cela finissait toujours par un pot. Je savais que quand il y avait accord, cela suivait derrière.
Alors je ne comprends pas ceux qui sont contre la semaine de 4 jours par principe.
Je comprends ceux qui restent dubitatifs, car il faut l’avoir vécu pour comprendre.
Je rajoute que l’on a écarté la semaine de 4 jours et demi car cela imposait des frais de déplacement correspondant a ceux d’une semaine de 5 jours, et cela aux dépens des salariés et aussi rendait plus difficile l’organisation de la vie de famille.
De plus chacun (e) pouvait rallonger (un peu) certaines journées de travail et raccourcir d’autres. De même si l’employé souhaitait pour des raisons d’organisation du boulôt (impératifs de date),
travailler 5 jours une semaine par mois (exceptionnellement 2), il le pouvait, et il récupérait ensuite bien sur, et cela lui permettait de faire face a des imprévus tant au boulot qu’à la maison. Il y avait bien sur des limites, suivant les saisons, les réunions de travail communes, mais le calendrier était prévu longtemps à l’avance, au mini 2 mois. »
Le partage du travail est donc tout à fait réalisable, à coût neutre pour les finances publiques (voir les analyses à ce sujet de Patrick Artus), et avec même un impact bénéfique pour l’entreprise (surcroit de motivation des équipes: moins de fatigue/stress, meilleur équilibre vie pro/vie perso, montée en qualification/polyvalence des postes…)
Il n’est pas possible de parler du temps de travail sans parler du forfait journalier des cadres. Le cadre est amené à réaliser une prestation dans le temps que lui-même défini; pour rendre plus attrayant ce forfait jour, toute journée commencée est considérée comme achevée, donc quelques minutes sont considérées comme une journée de travail. De l’autre côté il n’y a de limite dans ce forfait qu’un nombre de jours annuels à travailler, un temps de repos journalier de 11 heures et un temps de repos hebdomadaire de 24 heures auquel s’ajoute le repos journalier, soit 35 heures. A cela il faut étroitement associer la mesure annuelle des objectifs, qui est réalisé par le responsable hiérarchique direct. De plus la fonction de cadre a été dévalorisée, ils ont pris la place des anciens techniciens supérieurs avec des temps de travail à rallonge.
En fait le cadre peut faire des journée de 13 heures de travail et ce, 5 jours sur sept. La disparition de la durée horaire journalière maximale de travail, remplacé par le repos minimum, est une terrible régression, car la durée de 8 heures de travail remonte à 1936.
Il faut revenir à cette durée horaire journalière maximale de travail et à la durée horaire hebdomadaire maximale pour les cadres.
Ce temps de repos minimale de 11 onze heures inclus le temps de transport, pour ceux qui ont plus de deux heures journalières de transport, ce qui est fréquent en région parisienne, il reste 9 heures au cadre pour « Vivre ».
Il faut revenir à cette durée horaire journalière maximale de travail et à la durée horaire hebdomadaire maximale pour les cadres.
Entièrement d’accord avec ses conclusions, néanmoins il manque une dimension essentielle à mon sens
La réduction du temps de travail est aussi obligatoire pour réussir à mieux articuler ses différents temps de vie.
Dans les années 70, l’homme travaillait 40h par semaine et la femme s’arrêtait souvent de travailler au moment de l’arrivée des enfants.
Aujourd’hui les deux dans le couple travaillent et la charge quotidienne de travail (en incluant le parental et le domestique) s’est donc alourdie de 39h chaque semaine. Ce qui fait que dans un couple biactif avec des enfants en bas âge, la femme travaille #95h et l’homme #65h par semaine. On ne travaille donc pas moins mais plus en France au quotidien.
L’entrée massive des femmes sur le marché du travail (80% d’entre elles travaillent, contre 40% dans les années 70) nécessite de repenser les temps sociaux dans leur ensemble, car actuellement ce n’est pas soutenable. Par ailleurs, le discourt travailler plus pour gagner plus, est un discourt archaïque où l’homme travaillerait plus et la femme devrait retourner au foyer, quelle femme voudrait de cela !!!!
Il serait donc bien que l’on repense l’aménagement des temps de travail selon les étapes de vie. Pour ne citer qu’un exemple celui des familles avec enfants, l’idéal serait de :
- sortir tôt à 17h et que l’on considère que ceux qui sortent plus tard manque d’efficacité comme c’est le cas aux USA
- de permettre un réduction du temps de travail, non « annualisée » mais « avec des journées moins longues ».
- de passer le primaire à la semaine des 4,5jours, qui serait mieux pour les enfants (journée trop longues) et pour les parents (qui recourt souvent à leur RTT ou qui prennent un temps partiel).
Bref il faudrait que la société repense l’ensemble de ces temps sociaux, car d’un côté on a ceux qui passent leur vie à courir et de l’autre ceux qui manquent d’activité. Partageons donc le travail et surtout aménageons le pour qu’il soit conciliable avec ses autres temps de vie et égalitaire entre les hommes et les femmes.
Cela évitera à des enfants de passer 50h dans l’enceinte de l’école par semaine, à des ados de dire « j’aimerais voir plus mes parents », à des couples de craquer vu la charge actuelle…
Dans une démocratie ou le politique est un professionel, il indispensable de rendre le pouvoir au citoyen(ne) en libérant du temps civique.
Une démocratie repose sur l’implication des citoyen(ne)s dans les institutions. La diminution du temps de travail est donc un enjeu majeur pour notre société. Ne serait ce pas la le véritable sujet du vivre ensemble?
J’aimerai adhérer à vos analyses mais j’ai l’impression que c’est un peu trop simple. Auriez-vous des études/livres/documents à me conseiller à ce sujet, pour que je puisse creuser ce concept et me faire ma propre opinion ?
Merci par avance
Félix,
Je ne peux que vous conseiller les différents ouvrages de Pierre Larrouturou à ce sujet, par exemple :
« Pour la semaine de 4 jours – sortir du piège des 35h »
livre qui date un peu maintenant mais les données « techniques » qui y figurent sont encore tout à fait valables aujourd’hui.
Vous y trouverez notamment l’analyse du bouclage macro-économique du concept de la S4J réalisé par Patrick Artus.
Quelques infos résumées sont également disponibles ici :
http://www.nouvellegauche.fr/faisabilite-des-32-heures/
Le sujet revenant d’actualité, n’est-ce pas l’occasion de relancer le débat sur la réduction du temps de travail avec Pierre Larrouturou entre autres…
Son livre à lire où il parle justement des 32h et de la semaine de 4 jours : « Crise, la solution interdite »
Extrait du chantier projet pour 2012 EELV :
Il faut fixer clairement l’ordre des urgences :
• En premier lieu, la revalorisation des revenus sociaux (RSA…) et des plus bas salaires.
• En second lieu, la reprise de la réduction de la durée du travail, en commençant par la défense du droit à la retraite, puis la consolidation des 35 heures par la suppression des heures supplémentaires détaxées, la limitation de l’annualisation et l’instauration d’un droit de celles et ceux qui travaillent sur les dates de leurs RTT, afin de concilier vie au travail et vie personnelle, enfin la reprise de la marche vers les 32 heures.
[...] coté des « Grands Partis » de gauche : Europe Ecologie avec ses « états Généraux pour l’Emploi & l’écologie » (..), le PS avec sa» Convention pour l’économie » ont [...]